Les préliminaires : un pilier de la sexualité

Publié le 30 juin 2023 et mis à jour le 19 février 2026 par Louise Paitel
Les préliminaires : un pilier de la sexualité

Les préliminaires ne sont pas une simple étape avant « le vrai rapport » : ils constituent bien souvent le cœur même de la rencontre sexuelle. Nous retrouvons notre psychologue-sexologue préférée, Louise Paitel, qui revient sur la place essentielle des activités sexuelles non pénétratives dans le désir, l’orgasme, la satisfaction et l’intimité du couple. Une invitation à repenser nos scripts sexuels et à élargir notre vision du plaisir partagé.

Longtemps considérés comme une simple étape préparatoire à la pénétration, les préliminaires, ou activités sexuelles non pénétratives, occupent aujourd’hui une place privilégiée dans la sexualité humaine. En effet, ils jouent un rôle déterminant dans l’excitation, la satisfaction sexuelle, la qualité relationnelle et l’adaptation aux éventuelles difficultés sexuelles.

Définition des préliminaires

Les préliminaires peuvent être définis comme l’ensemble des comportements intimes, émotionnels et physiques, pratiqués par une ou plusieurs personnes, réalisés avant ou indépendamment de la pénétration, dans le but de susciter ou d’entretenir le désir, l’excitation et le plaisir sexuels. Ils peuvent également être appelés « jeux sexuels non coïtaux » (Kolodny et al., 1988 ; Ellis & Abarbanel, 2013).

Ils recouvrent une grande diversité de pratiques : baisers , caresses, massages, stimulation verbale, jeux érotiques, déshabillage, stimulation manuelle ou orale des zones érogènes et génitales, mais aussi, selon les individus et les contextes, des pratiques plus spécifiques telles que les jeux de rôle, le bondage ou le BDSM (Ember & Ember, 2003). Les préliminaires peuvent également être enrichis par l'utilisation de sextoys, qui peuvent augmenter le plaisir et l'excitation, et renforcer la communication et l'intimité entre les partenaires (Döring & Poeschl, 2020). Cette diversité reflète la pluralité des préférences individuelles et l’inscription des préliminaires dans des scripts sexuels influencés par les normes culturelles et relationnelles (Gagnon & Simon, 1973).

Prévalence et évolution des pratiques

Pratiques sexuelles au cours de la vie

Les enquêtes populationnelles montrent une augmentation marquée de la prévalence du sexe oral au cours des dernières décennies. En France, l’enquête Contexte des Sexualités indique que la prévalence de la pratique de la fellation est passée de 63,2 % en 1992 à 84,4 % en 2023 chez les femmes, et celle du cunnilingus de 77,8 % à 87,7 % sur la même période chez les hommes (Inserm-ANRS-MIE, 2024).

Ces données reflètent une diversification des répertoires sexuels et une reconnaissance croissante des pratiques non pénétratives comme sources légitimes de plaisir. De plus, le sexe oral est présent sur tous les continents, indépendamment de la religion, de la culture et de l'origine ethnique (Pakpahan et al., 2022).

Les préliminaires dans le cycle de la réponse sexuelle

Historiquement, les études cliniques pionnières sur la réponse sexuelle humaine, notamment celles de Masters et Johnson (1966), ont intégré les phases de stimulation et d’excitation comme essentielles à la physiologie du désir et de l'orgasme. En effet, le modèle classique de la réponse sexuelle humaine décrit une succession de phases : désir, excitation, plateau, orgasme et résolution (Basson, 2000 ; Masters & Johnson, 1966).

Ces modèles ont permis de nuancer une vision linéaire et hiérarchisée des rapports sexuels. En effet, les préliminaires participent activement aux mécanismes physiologiques menant au plaisir et / ou à l’orgasme, et ne sauraient être réduits à une simple « mise en condition ». Ils interviennent principalement au niveau des phases de désir et d’excitation, en favorisant l’activation du système nerveux autonome et l’augmentation du flux sanguin vers les organes génitaux.

Chez les femmes, cette activation se traduit notamment par une lubrification vaginale, une vasocongestion clitoridienne et une augmentation de la sensibilité génitale. Chez les hommes, la vasocongestion entraîne l’érection pénienne. Ces phénomènes sont dépendants à la fois de stimulations physiques directes et de facteurs psychologiques tels que l’anticipation érotique, le contexte émotionnel et la qualité de la relation.

De plus, les préliminaires peuvent faire baisser l’anxiété de performance chez certains hommes ou la peur des douleurs chez certaines femmes, puisque ces activités sexuelles ne reposent pas sur l’érection et la pénétration, mais sur d’autres caresses tout aussi plaisantes.

Préliminaires, orgasme, genre et satisfaction sexuelle

Dans une large étude nationale menée aux États-Unis, Frederick et al. (2016) montrent que la satisfaction sexuelle est associée à plusieurs variables liées aux activités non pénétratives : la fréquence des baisers et des caresses, la variété des pratiques sexuelles, donner et recevoir du sexe oral, la communication des désirs et la mise en place d’ambiances favorables à l’intimité.

Les données concernant l’orgasme féminin illustrent particulièrement l’importance des préliminaires. En effet, le délai moyen d’une femme pour atteindre l’orgasme est d’environ 7 à 8 minutes lors de la masturbation, contre près de 14 minutes lors des rapports sexuels avec le partenaire. Cette différence s’explique en grande partie par une stimulation clitoridienne moins directe et systématique dans les rapports pénétratifs, contrairement à une stimulation plus constante du clitoris lors des préliminaires (Rowland et al., 2018). Ceci explique pourquoi la pénétration vaginale seule ne suffit pas pour atteindre l’orgasme chez la majorité des femmes (Bhat & Shastry, 2020).

Ces résultats suggèrent que de nombreuses difficultés orgasmiques féminines ne relèvent pas d’un dysfonctionnement sexuel, mais d’une stimulation inadaptée ou insuffisante, en particulier au niveau clitoridien. Ainsi, des préliminaires plus longs augmentent significativement la probabilité d’orgasme chez les femmes. Pour de plus amples informations, le site OMGYes permet de visionner des vidéos éducatives et explicatives sur les différentes techniques de masturbation manuelle et orale pour les femmes.

Aussi, les orgasmes issus du sexe oral et de la stimulation manuelle sont souvent évalués comme aussi satisfaisants, voire plus satisfaisants, que ceux issus de la pénétration. C’est pourquoi les scripts sexuels centrés sur la pénétration contribuent à maintenir un écart de fréquence d’orgasme entre hommes et femmes, alors que des scripts plus variés et centrés sur le clitoris réduisent cet écart (Blair, Cappell & Pukall, 2018).

Chez les hommes, la satisfaction sexuelle est également associée à la variété des pratiques et à l’intégration d’activités non pénétratives. Frederick et al. (2016) montrent que les hommes satisfaits sexuellement sont plus nombreux à donner et recevoir du sexe oral, ainsi qu’à s’engager dans des comportements de tendresse et de sensualité (baisers, caresses, massages). Les préliminaires bénéficient donc à l’ensemble des partenaires, indépendamment de leur genre, en favorisant une sexualité plus équilibrée et moins centrée sur la pénétration.

"En sexologie, on parle moins de préliminaires que d’activités sexuelles non-pénétratives, même si le terme « préliminaires » est davantage connu et utilisé. De même, ces activités ne représentent plus une simple étape avant la pénétration, mais un espace-temps où les partenaires construisent leur désir, leur excitation, leur plaisir et leur future satisfaction sexuelle." - Louise PAITEL, Psychologue clinicienne et sexologue diplômée, chercheuse à l’Université Côte d’Azur de Nice. -

Intimité émotionnelle et attachement

Les préliminaires jouent un rôle clé dans la construction de l’intimité émotionnelle. Ils permettent de créer un climat de sécurité affective, propice à l’expression des désirs, des limites et des vulnérabilités. Frederick (2016) montre que les couples qui maintiennent des niveaux élevés de satisfaction sexuelle à long terme sont ceux qui communiquent le plus, à propos de la sexualité, de la mise en scène de l’intimité et de la variété des interactions érotiques.

Rappelons donc un principe essentiel : il n’existe aucune norme en matière de préliminaires. Chacun est libre d’y consacrer le temps qu’il le souhaite, en fonction de son excitation et de celle de son/sa partenaire. Ce qui déterminera le succès de votre rapport, c’est votre faculté à vous accorder au tempo de l’autre et à prendre en compte ses désirs. Sachez profiter de chaque sensation, privilégiez un contact de qualité avec votre partenaire. Une communication harmonieuse est un facteur indispensable à l’obtention d’un plaisir intense et inoubliable.

Les baisers, les câlins et les gestes de tendresse sont associés à une excitation accrue, mais également à un sentiment d’attachement renforcé avant, pendant et après les rapports sexuels (Heiman et al., 2011). Ces comportements contribuent à inscrire la sexualité dans une dynamique relationnelle durable, au-delà de la recherche de l’orgasme ou de la performance.

Scripts sexuels et communication

La capacité des partenaires à négocier et à adapter leurs scripts sexuels, c’est-à-dire la manière dont se déroule l’activité sexuelle (Gagnon & Simon, 1973), est associée à une meilleure satisfaction sexuelle et relationnelle. La communication autour des préférences en matière de pratiques permet d’ajuster la durée, la nature et l’intensité des stimulations aux besoins de chacun.e, réduisant ainsi les malentendus et les frustrations sexuelles. C’est pourquoi des scripts sexuels trop rigides ou trop genrés peuvent favoriser des expériences de communication négatives pendant les rapports sexuels, notamment une perception négative de la satisfaction, de la sécurité et du consentement (Smith et al., 2025).

Plutôt que de les réduire à une simple « étape » ou à un « passage obligatoire avant l’acte », les sexologues invitent les couples à considérer les préliminaires comme des moments d’exploration mutuelle et de partage émotionnel, destinés à améliorer leur intimité relationnelle et sexuelle. En effet, ils créent un contexte de confort, de confiance et de sécurité, qui permet ensuite aux partenaires d’exprimer leurs besoins et leurs limites plus facilement.

Préliminaires et troubles sexuels

Les activités non pénétratives jouent un rôle adaptatif majeur dans la prise en charge des troubles sexuels. Chez les femmes, elles sont fréquemment recommandées dans la prise en charge de la dyspareunie ou de l'anorgasmie. Des approches thérapeutiques telles que le Sensate Focus visent à réhabiliter le plaisir sensoriel à travers des stimulations progressives et érogènes, pour accueillir ensuite les sensations génitales en toute sécurité.

De même, Rowland et al. (2024) montrent que les hommes souffrant de dysfonction érectile ou d’éjaculation retardée ont davantage recours à des stratégies de stimulation complémentaire, incluant des pratiques non pénétratives, afin de maintenir l’excitation sexuelle. À l’inverse, les hommes présentant une éjaculation précoce sont moins susceptibles de pratiquer des préliminaires, ce qui peut accentuer les difficultés rencontrées.

Aussi, une étude montre que 52 % des patients candidats à une prostatectomie pratiquaient déjà des rapports sexuels non pénétratifs avant le diagnostic de cancer de la prostate. Après l’intervention chirurgicale, 43 % des couples n'avaient pas encore repris l'intimité sexuelle, 32 % avaient repris les rapports avec pénétration, et 14 % les rapports sans pénétration. Les caresses mutuelles (85 %), les rapports oro-génitaux féminins (70 %) et masculins (52 %) étaient les préliminaires les plus fréquents. Malgré ces changements, le niveau de satisfaction sexuelle restait élevé : 90 % avant et 86 % après l’opération (Minchaca et al., 2025).

Ces résultats indiquent que la dysfonction érectile n’est pas un obstacle majeur à la satisfaction sexuelle lorsque les couples parviennent à réinventer leur intimité autour de pratiques non pénétratives. Des résultats similaires sont observés chez les hommes de plus de 50 ans présentant des troubles de l’érection, pour lesquels les activités sexuelles non pénétratives sont associées à une satisfaction sexuelle et relationnelle plus élevée (Ševčíková et al., 2023).

Les préliminaires jouent un rôle fondamental, non seulement dans la satisfaction sexuelle mais aussi dans le renforcement du lien entre les partenaires. Loin d’être accessoires, ils participent pleinement aux mécanismes physiologiques de l’excitation, favorisent l’accès au plaisir orgasmique, soutiennent l’intimité émotionnelle et offrent des stratégies adaptatives face aux difficultés sexuelles et aux aléas de la santé. Intégrer les préliminaires dans une approche globale de la sexualité revient donc à promouvoir une vision plus adaptée, satisfaisante et partagée des besoins sexuels, émotionnels et corporels de chaque individu.

Ce contenu a été écrit par Louise PAITEL , Psychologue clinicienne et sexologue diplômée, chercheuse à l’Université Côte d’Azur de Nice. Elle accompagne LOVE AND VIBES en apportant une approche scientifique et bienveillante de la sexualité.

Références

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