Plus de désir à l’approche de l’ovulation, moins pendant les règles ou avant leur arrivée ? La libido peut fluctuer au fil du cycle menstruel, mais les hormones sont loin d’être les seules à entrer en jeu. Élise Virolleaud, infirmière diplômée d’État, sexologue et médiatrice en santé, fait le point sur les liens entre cycle et désir sexuel, sans oublier la diversité des expériences et des ressentis.
Certaines personnes qui ne s’identifient et ne se définissent pas comme des femmes (hommes transgenres, personnes non-binaires…) sont aussi concernées par le cycle menstruel. On parlera de personnes menstruées dans cet article.
Chez de nombreuses personnes menstruées, le désir sexuel semble varier au cours du cycle. Ces variations sont partiellement liées aux fluctuations hormonales, mais leur intensité et leur nature diffèrent fortement d’une personne à l’autre : certaines rapportent un pic de désir autour de l’ovulation, d’autres n’observent aucun changement notable. Le stress, les douleurs ou les contraceptifs hormonaux jouent également un rôle dans ces variations.
Les recherches montrent que le cycle menstruel peut influencer le désir sexuel mais qu’il ne constitue qu’un facteur parmi beaucoup d’autres.
Avant d’aborder le cycle menstruel, il est important de distinguer trois notions souvent confondues.
Le désir sexuel, aussi appelé libido, est une pulsion psychobiologique, qui s’alimente de deux sources : sensorielle exogène, et endogène correspondant aux fantasmes et aux idées sexuelles. On peut distinguer un désir sexuel spontané en relation avec des stimuli intrinsèques affectifs, fantasmatiques et cognitifs et un désir sexuel “réactif” en réponse à l’excitation physique. (Cour et al., 2012). Le désir spontané naît de l’intérieur, une pensée, un fantasme, une envie qui surgit sans rien de particulier autour de soi. Le désir réactif apparaît en réponse à quelque chose d’extérieur, un contact, une caresse, une situation qui provoque en premier lieu une excitation. C’est une sensation interne représentée à travers l’envie de se connecter sexuellement avec une autre personne ou soi-même. Le désir sexuel peut fluctuer, être fort, faible ou absent, indépendamment de la présence d’une autre personne.
L’attirance sexuelle se manifeste lorsqu’on trouve une autre personne attirante sexuellement ou qu’on désire avoir un contact sexuel avec elle. (Clifton, 2025).
L’excitation sexuelle est une réaction corporelle et physiologique en réponse à un stimulus sexuel réel ou imaginé. Elle se manifeste à travers l’accélération du rythme cardiaque, une vasodilatation induisant une érection, le gonflement du clitoris, et une lubrification. L’excitation sexuelle peut survenir indépendamment d’une attirance dirigée vers une personne.
Loin d’être une réaction fixe, le désir sexuel est le résultat d’une interaction permanente entre des facteurs physiologiques, psychologiques, cognitifs, sociaux et environnementaux, ce qui explique à la fois sa grande variabilité d’une personne à l’autre et ses fluctuations chez une même personne au fil du temps.
Les hormones jouent un rôle central dans le désir sexuel. La testostérone joue un rôle stimulant bien que son effet varie selon les personnes, tandis que l’ocytocine favorise la relaxation et le lien émotionnel après l’orgasme. Des déséquilibres hormonaux en lien avec la ménopause, l’andropause mais aussi avec certaines pathologies comme l’endométriose, le syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP) anciennement dénommée syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) peuvent avoir un impact sur le désir. La variation de désir peut également être secondaire à un symptôme ou une pathologie ayant un impact direct sur la sexualité (vaginisme, dyspareunies, dysfonction érectile, éjaculation prématurée).
L'inhibition du désir sexuel peut également être un effet secondaire de certains médicaments et traitements (antidépresseurs, anti androgènes, stimulants de la prolactine). Certains contraceptifs hormonaux modifient l’équilibre hormonal pouvant retentir sur le désir sexuel.
L’état de santé mentale joue également un rôle central. La charge mentale, le stress, l’anxiété, l’état de fatigue, la qualité du sommeil, la dépression, le deuil, des violences sexuelles subies peuvent inhiber le désir sexuel. A l’inverse, une estime de soi positive et un état de bonne santé mentale contribue à augmenter le désir sexuel.
Dans un couple, le désir sexuel peut être étroitement lié à la qualité de la relation. Une relation aimante et sécurisante, la confiance, la communication ouverte et la capacité à exprimer ses besoins peuvent favoriser le désir. Les conflits, les blessures affectives, la charge émotionnelle non répartie peuvent freiner le désir.
L’insertion dans une culture, l’appartenance religieuse, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle influencent profondément la façon dont la sexualité est perçue et vécue. Les tabous, la culpabilité ou la pression sociale peuvent inhiber l’expression du désir tandis que les messages positifs favorisent une sexualité épanouie.
Le désir sexuel peut être influencé par l’environnement, le cadre ou l’atmosphère qui ont un impact non négligeable sur la variation du désir sexuel : voyage, vacances, situation professionnelle, situation financière, situation familiale…
Pendant longtemps, on a représenté la réponse sexuelle comme une succession d’étapes : désir ⇨ excitation ⇨ rapport ⇨ orgasme.
Cette diversité de facteurs a conduit la sexologue Rosemary Basson à proposer un modèle circulaire du désir venant nuancer la représentation linéaire classique. Dans ce modèle, le désir n’est pas toujours le point de départ, il peut émerger au cours de l’intimité, en réponse à une stimulation ou une proximité déjà engagée. (Basson, 2002). C’est le désir réactif comme abordé précédemment, mais ici pensé comme un processus qui se déploie dans le temps (plutôt que comme une simple catégorie). Cette entrée dans l’intimité peut être motivée par d’autres besoins que le désir sexuel lui-même - l’envie de proximité, de tendresse, de se sentir désiré-e - sans que cela remette en cause l’authenticité de cette intimité. Ce modèle est largement repris dans la littérature, mais il ne fait pas totalement consensus : certain-es chercheur-euses questionnent encore son interprétation clinique, notamment le risque de voir la notion de désir réactif réintégrée dans une perspective diagnostique. Basson s’est elle-même opposée à cette perspective, son modèle visant à dépathologiser des expériences longtemps jugées “anormales”.
Deux personnes en couple ou en relation n’ont que rarement le même rythme de désir au même moment : 25 à 40% des personnes en couple hétérosexuels rapportent percevoir leur niveau de désir comme différent de celui de leur partenaire (Davies et al., 1999, Mark & Murray, 2012). Une étude de suivi quotidien sur 30 jours, menée auprès de 133 couples, confirme que le désir fluctue naturellement chez chaque personne et que ces fluctuations, bien que globalement synchrones au sein du couple, ne le sont jamais parfaitement - ce qui fait de la désynchronisation ponctuelle un phénomène statistiquement normal plutôt qu’un signe de problème relationnel. (Vowels et al., 2018)
En sus de tous ces facteurs, les influences du cycle menstruel sur le désir sexuel sont particulièrement significatives.
Les hormones impliquées dans le cycle menstruel peuvent influencer le désir sexuel. Toutefois, leur effet reste très variable selon les personnes. Certaines observent des fluctuations importantes d’un cycle à l’autre. D’autres ne constatent quasiment aucune différence. Ces variations s’ajoutent à tous les autres facteurs évoqués précédemment.
On appelle cycle menstruel l’ensemble des phénomènes physiologiques de la personne menstruée préparant son organisme à une éventuelle fécondation. Il dure en moyenne 28 jours, plus généralement entre 24 et 38 jours, bien qu’il puisse être plus long, plus bref et pas toujours régulier. Il commence à la puberté et s’arrête à la ménopause.
Il est régulé par des hormones lutéinisante et folliculo-stimulante, produites par l’hypophyse pour influencer l’ovulation et stimuler les ovaires pour produire des oestrogènes et de la progestérone. Ces dernières stimulent l’utérus et les seins en vue d’une éventuelle fécondation.
Chaque personne menstruée vit son cycle menstruel différemment. Les constats s’inscrivent dans une généralité qui ne fait pas état de la spécificité de chaque individu et de la pluralité des vécus.
Il se divise en quatre phases :
En tout début de cycle, les taux d’oestrogènes et de progestérones chutent : privée de fécondation lors du cycle précédent, la muqueuse utérine appelée endomètre se détache, provoquant les règles. C’est également à cette période que la testostérone est généralement à son niveau de plus bas.
Cette période de creux hormonal coïncide, chez certaines personnes, avec une baisse du désir - sans que ce soit systématique et obligatoire.
Sous l’effet de la FSH sécrétée par l’hypophyse, plusieurs follicules ovariens commencent leur maturation, un seul ira jusqu’au bout, les autres régressent. A mesure qu’il mûrit, ce follicule produit des oestrogènes en quantité croissante, ce qui épaissit progressivement la muqueuse utérine et prépare l’organisme à une éventuelle fécondation. La testostérone suit une progression comparable, avec hausse continue jusqu’à l’approche de l’ovulation.
Cette remontée conjointe des oestrogènes et de la testostérone est associée, dans une partie de la littérature, à une hausse progressive du désir à l’approche de l’ovulation.
Un pic de LH (hormone lutéinisante) déclenche la rupture du follicule mûr, qui libère l’ovocyte en direction des trompes de Fallope. C’est également autour de ce moment que les taux d’oestrogènes et de testostérone atteignent leur point culminant sur le cycle.
C’est la période du cycle la plus souvent associée à un pic de désir dans les études - un lien à interpréter avec prudence tant les variations individuelles restent importantes comme évoqué plus haut.
Après l’ovulation, le follicule qui a libéré l’ovocyte se transforme en corps jaune, qui sécrète la progestérone. Cette hormone épaissit encore l’endomètre qui atteint son maximum autour du 21ème jour, en vue d’accueillir un éventuel embryon. En l’absence de fécondation le corps jaune régresse en fin de phase, entraînant une chute conjointe de la progestérone et des oestrogènes - chute hormonale qui amorce à la fois le retour des règles et, pour certaines personnes, l’apparition de symptômes prémenstruels.
La progestérone, dominante durant cette phase, est plutôt associée à une tendance à la baisse du désir chez certaines personnes, en particulier dans la seconde moitié de la phase lutéale - période qui rejoint directement les symptômes développés dans la partie suivante.
La santé menstruelle se définit par un état de bien-être physique, mental et social complet et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité en relation avec le cycle menstruel. (Hennegan et al., 2021).
Parmi les enjeux associés au cycle menstruel, divers troubles sont observés, notamment un saignement utérin anormal, une dysménorrhée ou le syndrome prémenstruel. Malgré une reconnaissance croissante, ces troubles sont souvent banalisés ou ignorés car ils ne mettent pas directement en danger la vie de la personne en souffrance. Pour autant, un grand nombre de personnes est concerné par ces symptômes, interférant avec leurs vies personnelle et professionnelle. (Maekawa et al., 2023)
Lorsqu’on parle de libido au cours du cycle, on pense souvent uniquement aux hormones. Pourtant les symptômes associés jouent eux aussi un rôle majeur et peuvent avoir un impact important sur le désir sexuel indépendamment des hormones elles-mêmes.
En 2014, la prévalence mondiale du SPM a été estimée à 47,8%, tandis qu’en France elle s’élevait à 12%. (Direkvand-Moghadam et al., 2014). Il est cependant difficile d’estimer le nombre de personnes touchées par le SPM car de nombreux résultats différents ont été retrouvés dans la littérature.
Le SPM débute, au plus tôt, une dizaine de jours avant les règles et disparaît lors de l’apparition des règles ou peu de temps après. Il regroupe un nombre important de symptômes (estimés entre 150 et 200 mais non clairement déterminés selon les études) ayant un impact psychologique, physique et comportemental. Ces symptômes sont très variés en nombre, en durée et en intensité. Certains symptômes reviennent plus fréquemment que d’autres mais il est possible de retrouver des variations d’une personne menstruée à une autre mais aussi d’un cycle à l’autre chez une même personne. (Pajot & Angibaud, 2025).
Parmis les symptômes les plus fréquents on note : état de fatigue, troubles de l’humeur, irritabilité, humeur triste, stress, anxiété, douleurs abdominales, sensibilité mammaires, douleurs dorsales, céphalées, troubles du sommeil, augmentation de l’appétit, nausées, vomissements, troubles du transit, acné, vertiges.
On estime que 5% des personnes menstruées sont touchées par le TDPM. (INSERM, 2021). Contrairement au SPM, le TDPM est moins fréquent. C’est la forme la plus sévère du SPM. Elle provoque chaque mois une détresse psychologique intense.
Selon les recherches, le SPM et le TDPM ne seraient pas le résultat d’un déséquilibre hormonal mais celui d’une réaction du cerveau - sensibilité individuelle anormale - aux variations naturelles des hormones au cours du cycle menstruel. C’est cette hypersensibilité neurologique aux variations physiologiques normales, plutôt qu’un excès ou un manque d’hormones, qui expliquerait pourquoi certaines personnes développent des symptômes marqués et d’autres non. (Rubinow & Schmidt, 1995).
Le TDPM est inscrit dans la catégorie trouble dépressif dans le Manuel Diagnostic et Statistique des troubles mentaux - DSM 5 - et dans la Classification Internationale des Maladies - CIM 10. Tout comme le SPM, le TDPM est caractéristique de la phase lutéale, seconde phase du cycle menstruel. Néanmoins, il peut durer plus longtemps. Il débute en général dès l’ovulation et disparaît une semaine après le début des règles. Les symptômes caractéristiques du TDPM sont physiques, psychiques et affectifs. Les symptômes physiques sont majoritairement semblables à ceux du SPM. Ce qui diffère c’est l’intensité des troubles psychiques et affectifs - anxiété, humeur dépressive, irritabilité, colère, labilité émotionnelle, sentiment de désespoir, perte totale de contrôle des émotions, pensées suicidaires - qui peuvent être très extrêmes induisant une réelle souffrance et un handicap au quotidien. Les répercussions sur la vie personnelle, professionnelle et sociale des personnes atteintes sont très importantes.
L’ensemble des symptômes relatifs au SPM et au TDPM ont un impact non négligeable sur la santé, la santé mentale et sur le désir sexuel que ce soit par un impact direct ou secondaire.
Aujourd’hui plusieurs approches permettent de diminuer les symptômes du SPM et du TDPM. Un suivi psychologique, la pratique d’une activité physique, l'amélioration du sommeil, certaines contraceptions hormonales ou encore la prise d’antidépresseurs peuvent aider de nombreuses personnes touchées à soulager leurs symptômes et à améliorer leur bien-être.
Contrairement à une idée répandue, les contraceptifs hormonaux ne diminuent pas systématiquement le désir sexuel. Les études montrent des effets variables selon les personnes, le type de contraception et le contexte individuel.
Les contraceptifs hormonaux combinés (qui associent l’oestrogène et la progestérone) - comme certaines pilules, le patch et l’anneau vaginal - augmentent la production hépatique de SHBG, ce qui réduit la testostérone libre disponible dans l’organisme - un mécanisme bien documenté. (Burrows, Basha & Goldstein, 2012). On pourrait s’attendre à ce que cette baisse se traduise systématiquement par une baisse de désir, cependant la réalité est plus nuancée.
Une recherche portant sur 36 études et plus de 13000 personnes a démontré que 85% des personnes menstruées utilisant un contraceptif hormonal combiné ne rapportent aucun changement de libido ou une augmentation, contre 15% qui rapportent une baisse. (Pastor et al., 2013). Cet effet varie aussi selon le type de contraceptif et le progestatif utilisé - certaines formules sont plus androgéniques que d’autres ce qui modifie leur impact sur la testostérone libre.
Cette variabilité s’explique aussi par les effets indirects qui peuvent peser sur le mécanisme hormonal : une contraception efficace peut réduire l’anxiété liée au risque de grossesse mais aussi diminuer les douleurs utérines et les dysménorrhées, facteurs qui ont un impact direct sur le désir. Le résultat dépend donc de l’équilibre entre ces différentes données et dépend de chaque personne. L’effet des traitements hormonaux sur la libido n’est jamais uniforme ni entièrement mécanique. Si la baisse de désir provoque un état de souffrance il est important de pouvoir en parler à un-e professionnel-le de santé de confiance afin d’ajuster le traitement.
Le cycle menstruel influence parfois le désir sexuel, mais il ne le détermine jamais à lui seul. Comprendre cette interaction entre l’ensemble des facteurs mis en jeu, et observer ses propres variations de désir permet surtout de mieux comprendre son fonctionnement, sans chercher à répondre à une norme. Certaines personnes peuvent remarquer un désir plus présent autour de l’ovulation. D’autres peuvent ressentir davantage de désir pendant leurs règles. Certaines n’observent absolument aucune variation. Toutes ces situations peuvent être parfaitement normales.
Le suivi du cycle (notamment grâce à des applications téléphoniques spécialisées) peut aider à identifier des tendances, mais il ne remplace jamais l’observation de son propre vécu.
Enfin, lorsque la baisse du désir devient une source de souffrance individuelle, relationnelle et/ou s’accompagne d’autres symptômes importants voire invalidants, il peut être utile d’en discuter avec un-e professionnel-le de santé (médecin généraliste, gynécologue, psychologue, psychiatre).
Ce contenu a été écrit par
Élise VIROLLEAUD
, Infirmière diplômée d’État, sexologue diplômée et médiatrice en santé. Elle accompagne LOVE AND VIBES en apportant un regard sans jugement sur les questions de santé sexuelle.
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- Association TPDM France
- Le cycle menstruel
- Les hormones féminines et le cycle menstruel