La sexualité après l’arrivée d’un enfant : comment s’adapter ?

Publié le 26 septembre 2024 et mis à jour le 5 février 2026 par Louise Paitel
La sexualité après l’arrivée d’un enfant : comment s’adapter ?

Moins de désir, un corps changé, une fatigue intense : la sexualité après l’arrivée d’un enfant se transforme souvent, et soulève de nombreuses questions. Dans cet article, notre psychologue-sexologue préférée, Louise Paitel, aide à mieux comprendre ces changements et à penser une intimité adaptée à la parentalité.

L’arrivée d’un enfant constitue un bouleversement majeur dans la vie d’un couple. Si cette transition est souvent envisagée sous l’angle familial, émotionnel, organisationnel et identitaire, elle transforme également en profondeur la vie sexuelle des partenaires. La recherche montre une baisse habituelle du désir, de la fréquence des rapports et parfois de la satisfaction sexuelle. Toutefois, ces difficultés sont transitoires et évoluent au fil des années.

Quels changements dans la sexualité après l’arrivée d’un enfant ?

Les études décrivent une augmentation des difficultés sexuelles chez les nouveaux parents, en particulier dans la première année post-partum. La fréquence des rapports sexuels diminue nettement entre la grossesse et les premiers mois post-partum chez la majorité des couples hétérosexuels (Jawed-Wessel & Sevick, 2017). De même, des troubles du désir, de l’excitation, de la lubrification, de l'orgasme, une baisse de la satisfaction sexuelle et des douleurs lors des rapports sont rapportés (Boarta et al., 2025). Les pères rapportent eux aussi des modifications, principalement des préoccupations sexuelles et une insatisfaction liée à la fatigue et au stress (Tavares et al., 2019).

Une analyse récente (Binet et al., 2026) a révélé cinq thèmes principaux relatifs aux changements sexuels post-partum :

  • La réorganisation de la sexualité autour du bébé,
  • Une intimité sexuelle modifiée,
  • La gestion de la douleur ou de l'inconfort,
  • La gestion d'une baisse ou d'une divergence de désir au sein du couple,
  • L'acceptation des changements corporels chez la femme.

La plupart des couples conservent une fonction sexuelle satisfaisante et un faible niveau de détresse dans le temps. Seule une minorité des mères (mais pas des pères) connaît une baisse significative et persistante de la fonction sexuelle et une détresse sexuelle importante (Tavares et al., 2023). Aussi, le bien-être sexuel de chacun des partenaires est affecté par le stress perçu chez l’autre partenaire (Tavares et al., 2019), d’où la nécessité de s’entraider.

"La sexualité après l’arrivée d’un enfant ne disparaît pas, mais bien souvent, elle se transforme. Avoir moins envie de sexualité quand on est épuisé.e ou en récupération physique est une réponse humaine normale. L’enjeu n’est pas de retrouver la sexualité d’avant, mais d’inventer une sexualité qui tient compte du corps, du rythme et de la disponibilité d’aujourd’hui." - Louise PAITEL, Psychologue clinicienne et sexologue diplômée, chercheuse à l’Université Côte d’Azur de Nice. -

Facteurs somatiques et hormonaux

La période du post-partum concentre plusieurs facteurs biologiques susceptibles de fragiliser la sexualité : la variation hormonale, la réduction de la lubrification vaginale, l’allaitement, les traumatismes périnéaux, notamment les épisiotomies, et la dépression post-partum. Les conséquences les plus fréquentes sont la dyspareunie (douleur), la baisse de désir sexuel et de la satisfaction sexuelle (Freitas et al., 2024). Dans une étude, parmi les 76 % de femmes qui souffraient de dysfonction sexuelle en post-partum, la baisse du désir sexuel était la plus représentée (79 %) (Rezaei et al., 2018).

Une revue systématique de 15 études souligne que la probabilité d’une dysfonction sexuelle dans les 6 à 12 premiers mois suivant la naissance dépend de l’impact de l’allaitement, de la qualité de la relation de couple, de la douleur post-partum, des déchirures périnéales et du mode d’accouchement (Boarta et al., 2025).

L’allaitement joue un rôle particulier dans l’apparition de difficultés sexuelles, notamment via la baisse des œstrogènes, l’augmentation de la prolactine et la fatigue associée à ces changements hormonaux. L’allaitement exclusif est associé à des scores plus bas de fonction sexuelle et à une probabilité de dyspareunie dans les premiers mois, même si ces différences tendent à s’atténuer entre 6 et 12 mois post-partum (Boarta et al., 2025 ; Sun et al., 2024). La baisse du désir sexuel lors de l’allaitement est tout à fait normale, puisqu’elle est induite par l’augmentation de la prolactine, hormone nécessaire à la production de lait.

Facteurs psychiques et émotionnels

Au-delà des déterminants biologiques, la santé mentale joue un rôle central dans la sexualité post-partum. Les symptômes dépressifs et anxieux, l’altération de l’image corporelle et le sentiment de surcharge parentale figurent parmi les principaux prédicteurs de la baisse de désir et des difficultés à investir la sexualité (Tenfelde et al., 2019). C’est une période où de nombreuses inquiétudes surviennent à propos des soins de l’enfant, d’être une bonne mère ou un bon père, de la solidité du couple, de la capacité à gérer le quotidien et la fatigue, des exigences sociales et familiales…

Ces bouleversements psychiques interagissent étroitement avec les facteurs biologiques : la fatigue chronique, les troubles du sommeil et les fluctuations hormonales peuvent exacerber les vulnérabilités émotionnelles, contribuant à une spirale négative affectant le désir, l’excitation et la satisfaction sexuelle.

Intimité émotionnelle et soutien conjugal

La qualité de la relation de couple est un élément central, en particulier durant la découverte de la parentalité. L’intimité émotionnelle, le soutien perçu et la capacité à communiquer conditionnent la manière dont le couple traverse ces changements sexuels. En effet, le désir sexuel des femmes après l’accouchement est fortement lié au sentiment de proximité avec le partenaire, à la perception du désir de ce dernier et à la qualité de son soutien émotionnel et logistique (Matthies et al., 2019). Aussi, si la fréquence des rapports diminue globalement, les couples qui maintiennent un lien chaleureux et soutenant préservent davantage leur bien-être sexuel (Lorenz et al., 2020). Le fait de parler ouvertement de ses inquiétudes, dans le respect et la prise en compte de l’autre, est donc associé à une meilleure santé sexuelle et à un retour progressif du désir.

Stress parental et charge mentale

Le stress parental constitue un autre facteur explicatif des difficultés sexuelles post-partum. La réorganisation des rôles, l’augmentation de la charge mentale et la diminution du temps disponible pour le couple réduisent la disponibilité émotionnelle et corporelle des partenaires. Une étude récente montre que la fonction et l'intimité sexuelles diminuent entre la grossesse et quatre mois après l'accouchement, mais pas la satisfaction sexuelle, ce qui suggère que les partenaires peuvent s’adapter positivement à ces changements. Ainsi, l'intimité, l'empathie et l'adaptabilité sont, encore une fois, centrales (Binet et al., 2026).

Un autre facteur important est le soutien social. Le partage de la charge mentale et logistique avec la famille et les amis atténue la détresse psychologique et favorise une meilleure adaptation à la parentalité (Hugues et al., 2020).

Conséquences relationnelles des transformations sexuelles

La baisse de l’activité sexuelle et du désir peut avoir des répercussions sur la satisfaction conjugale globale et constituer une source de conflits. L’écart entre le désir du père et celui de la mère peut durer des années après la naissance, notamment lorsque les partenaires communiquent peu sur leurs attentes et leurs ressentis, ou que ces difficultés ne sont pas prises en charge (Binet et al., 2026 ; Rosen et al., 2021 ; Tutelman et al., 2022). Ces discordances peuvent nourrir des sentiments de rejet, de culpabilité ou d’incompréhension, susceptibles d’affecter durablement l’intimité émotionnelle et la parentalité.

Évolution de la sexualité parentale dans le temps

Chez la majorité des femmes, la fonction sexuelle revient globalement à des niveaux proches de l’avant-grossesse à partir de 6 mois post-partum, bien que la fréquence des rapports reste souvent plus basse qu’avant (Connolly et al., 2005). Ainsi, la prévalence de la dyspareunie diminue de 31 % à 3 mois à 12 % à 24 mois post-partum (Rosen et al., 2022).

Néanmoins, la dyspareunie et les dysfonctions sexuelles peuvent persister au-delà de 24 mois post-partum chez une proportion de femmes, notamment celles ayant des antécédents de douleur chronique, des pensées négatives et définitives autour de la douleur ou des symptômes dépressifs et de fatigue pendant la grossesse et le post-partum (Rosen et al., 2022).

Accompagnement des troubles sexuels parentaux

En cas de troubles sexuels générateurs de souffrance, il ne faut pas hésiter à consulter. La sexualité des parents est adaptable et peut bénéficier d’interventions ciblées, tant sur le plan individuel que conjugal. L’objectif n’est pas de revenir à une « sexualité d’avant », mais plutôt de soutenir une sexualité adaptée aux réalités de la parentalité, et satisfaisante pour les deux partenaires.

Les couples de parents qui adoptent des stratégies dyadiques communes, c’est-à-dire réfléchir, trouver et appliquer des solutions ensemble, sont susceptibles de mieux gérer la détresse liée à leur sexualité et, par conséquent, de ressentir moins de détresse sexuelle trois mois après l'accouchement. Ces stratégies « en équipe » se révèlent plus efficaces face au stress et améliorent la sexualité de façon durable (Tutelman et al., 2022).

Communication

Prise en charge médicale

Sur le plan médical, l’identification précoce des femmes à risque de complications post-partum (traumatismes périnéaux, douleurs persistantes, symptômes dépressifs…) permet de proposer un accompagnement spécifique, incluant la prise en charge de la douleur, une rééducation périnéale, une évaluation de la santé mentale et un accompagnement médicamenteux si nécessaire (Freitas et al., 2024).

Approches psycho-sexologiques

Les approches centrées sur la communication, l’ajustement des attentes et la redéfinition de l’intimité sont particulièrement indiquées durant cette phase de vie (Lorenz et al., 2020 ; Tavares et al., 2019). Les croyances sur la sexualité (par exemple, l’idée qu’une sexualité « normale » devrait revenir rapidement, identique à celle d’avant) sont à nuancer pour restaurer une sexualité agréable, flexible et moins normative.

Il s’agit notamment d’intégrer à la sexualité des caresses alternatives ou non-pénétratives, de redonner une place à la sensualité et à l’intention de soin autour du corps, afin de maintenir une connexion corporelle et émotionnelle, sans pression de performance. L’exercice du Sensate Focus peut aider les couples à rétablir un rapprochement intime, s’ils arrivent à dégager des temps calmes (par exemple à l’heure de la sieste ou après le coucher du soir, si la fatigue n’est pas trop importante).

Dans une recherche qui s’intéresse aux stratégies utilisées par les femmes pour s'adapter à l’arrivée d’un enfant, le soutien et la compréhension mutuels permettaient de renforcer l'intimité et de faire face aux changements. Les modifications et adaptations des scripts sexuels favorisaient une nouvelle sexualité, notamment en cas de douleur ou d'inconfort liés aux transformations physiques. Prendre du temps pour soi participait à la gestion des émotions et à l'apaisement des bouleversements émotionnels liés aux exigences de la maternité. En résumé, les stratégies à déployer en post-partum sont axées sur l'acceptation, les soins personnels, le soutien du partenaire, les moments à deux, les moments de solitude et l'adaptation des relations sexuelles (Delgado-Pérez et al., 2022).

Psychoéducation et prévention

En consultation, il est essentiel de fournir aux couples des informations justes sur la sexualité post-partum, ainsi que des stratégies efficaces pour discuter et gérer leurs inquiétudes sexuelles, et de leur besoin de s’engager, ou non, dans des relations sexuelles. Normaliser les fluctuations de désir et de fréquence sexuelle, réduire la culpabilité et encourager les partenaires à aborder ces questions entre eux et / ou avec des soignant.es participent à apaiser le couple.

Un questionnement systématique du vécu sexuel lors du suivi post-partum peut contribuer à lever le tabou entourant ces difficultés et faciliter l’orientation vers des accompagnements appropriés. La formation des professionnel.les de santé sur la sexualité périnatale apparaît ici comme un enjeu majeur de santé publique. Plusieurs auteurs insistent sur l’importance d’intégrer la sexualité dans les programmes de préparation à la naissance et d’accompagnement post-partum, afin de donner aux parents des repères sexuels réalistes et fondés sur la littérature scientifique (Boarta et al., 2025 ; Grussu & Quatraro, 2021 ; Rezaei et al., 2018).

La sexualité après l’arrivée d’un enfant est un phénomène complexe, influencé par des facteurs biologiques, psychologiques, relationnels et sociaux. Les recherches à ce sujet s’accordent sur plusieurs points essentiels :

  • La fréquence et le désir sexuels diminuent fréquemment dans les mois précédant et suivant l’accouchement,
  • La satisfaction sexuelle peut également baisser, ou se maintenir, incluant ou non de la détresse,
  • L’intimité émotionnelle, le soutien perçu et la qualité de la relation de couple sont déterminants,
  • Des stratégies de communication et d’adaptation des pratiques sexuelles peuvent aider les couples à traverser cette période.

Ce contenu a été écrit par Louise PAITEL , Psychologue clinicienne et sexologue diplômée, chercheuse à l’Université Côte d’Azur de Nice. Elle accompagne LOVE AND VIBES en apportant une approche scientifique et bienveillante de la sexualité.

Références

  • Binet, M. A., Lessard, I., Beaulieu, N., Brault-Labbé, A., Péloquin, K., Lafontaine, M. F., & Brassard, A. (2026). Perceived Changes and Sexual Well-Being in the Post-Partum Period: A Dyadic Mixed-Method Study. Journal of Sex & Marital Therapy, 1–25. Advance online publication.
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