Se protéger des infections sexuellement transmissibles ne repose pas sur une seule méthode. Selon les pratiques et les situations, plusieurs outils de prévention peuvent être associés pour réduire les risques. Élise Virolleaud fait le point sur les différentes IST, leurs modes de transmission et les moyens disponibles aujourd’hui pour s’en protéger.
La sexualité fait partie intégrante de la vie et peut contribuer à un état de bien-être et d’épanouissement. Vivre pleinement sa sexualité passe aussi par la connaissance des outils qui permettent de la vivre en sécurité. Il n’existe pas de “risque zéro” en matière de sexualité mais un éventail de moyens de prévention, à combiner selon ses pratiques, ses partenaires et son contexte de vie.
Cet article fait le point sur l’ensemble des infections sexuellement transmissibles (IST) - bien plus nombreuses que les seules IST les plus connues - et sur les méthodes, connues ou moins connues, qui permettent de s’en protéger.
Une IST est une infection qui se transmet lors de rapports sexuels, avec ou sans pénétration.
Certaines IST - comme les infections à chlamydia, à papillomavirus ou l’herpès - peuvent se transmettre lors de contacts et caresses sexuelles, par échange de fluides sexuels ou par contact direct avec des lésions ou des muqueuses infectées.
Ce sont des agents infectieux - virus, bactéries ou parasites - qui sont responsables des IST. L’hépatite B, l’herpès génital, le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et les papillomavirus humains (HPV) sont causés par un virus. La syphilis, la gonorrhée et la chlamydiose sont provoquées par des bactéries. La trichomonase est due à un parasite.
Il est possible d’être contaminé-e par une IST sans avoir de symptômes. On peut donc être infecté-e et contagieux-se sans s’en rendre compte. C’est pourquoi il est préférable d’utiliser le terme infection plutôt que maladie.
C’est le moyen de transmission le plus fréquent. C’est au cours de rapports sexuels vaginaux,
oraux
ou
anaux
non protégés que les IST se transmettent. Des bactéries, des virus ou des parasites peuvent être présents dans les fluides corporels (sperme, sécrétions vaginales, parfois salive). Pendant le rapport sexuel, si ces fluides entrent en contact avec les muqueuses (génitales, rectales ou buccales) les agents infectieux se propagent et contaminent le ou la partenaire.
Le VIH ou l'hépatite B et C peuvent également être transmis par le sang. Les situations à risque sont les suivantes : contact avec une plaie ouverte, utilisation partagée de seringues (lors de l’usage de drogues injectables), interventions médicales avec des instruments non stérilisés.
Certaines IST - VIH, hépatite B, syphilis, virus du papillome humain (HPV) - peuvent être transmises de la mère à l'enfant pendant la grossesse, l'accouchement ou l'allaitement. C’est ce qu’on appelle la transmission materno-foetale. Il est donc vivement conseillé aux femmes enceintes de se faire dépister.
Les IST regroupent des infections d’origines très différentes, avec chacune des symptômes, des conséquences et des modes de dépistage spécifiques. Les connaître permet de mieux cibler sa prévention.
Le VIH
Le VIH cible le système immunitaire. Il est silencieux et asymptomatique pendant des années s’il n’est pas traité. Ce virus détruit les globules blancs - lymphocytes T CD4 - ce qui affaiblit l’organisme et favorise l’infection par des maladies appelées opportunistes. Le Syndrome d’Immunodéficience Humaine (SIDA) est le stade avancé d’une infection par le VIH.
Le dépistage se fait par une prise de sang à partir de 6 semaines après un rapport à risque ou par un Test Rapide d’Orientation Diagnostique (TROD) à partir d’une simple goutte de sang prélevée au bout du doigt dont la fiabilité optimale est fixée à 3 mois après une potentielle exposition.
Le VIH se traite avec des antirétroviraux (prise à vie). Un traitement efficace rend la charge virale indétectable et supprime le risque de transmission.
Le herpès
Le virus herpès simplex, ou herpès, est très répandu. Il se divise en deux catégories - HSV-1 (généralement responsable de l’herpès labial ou bouton de fièvre) et HSV-2 (généralement responsable des lésions génitales), bien qu’il puisse aussi se transmettre en l’absence de symptôme visible, ce qui en fait une IST particulièrement difficile à anticiper.
L’herpès ne se guérit pas, mais un traitement antiviral permet de réduire la fréquence et l’intensité des poussées.
Les hépatites A, B et C
Les hépatites A, B et C sont trois virus distincts avec des modes de transmissions différents. L’hépatite A se transmet surtout par voie oro-fécale (y compris lors de pratiques sexuelles comme le rimming aussi appelé anulingus). Les hépatites B et C se transmettent par le sang et les fluides sexuels. Leur dépistage se fait grâce à une prise de sang. L’hépatite C peut également être dépistée par TROD.
L’hépatite A guérit spontanément. L’hépatite B aiguë guérit souvent aussi spontanément chez l’adulte mais il existe un risque qu’elle devienne chronique. L’hépatite C se guérit aujourd’hui dans la grande majorité des cas grâce à des traitements antiviraux récents.
Les papillomavirus humains, ou HPV, sont des virus extrêmement fréquents, notamment au début de la vie sexuelle, le plus souvent éliminés naturellement par l’organisme. Si certaines souches à haut risque persistent elles peuvent être responsables de lésions précancéreuses et de certains cancers - principalement celui du col de l’utérus mais aussi de la gorge et de l’anus. Ils se dépistent par frottis cervico-vaginal.
Il n’existe pas de traitement antiviral direct. Les lésions et verrues provoquées par le HPV se traitent spécifiquement.
La chlamydia et la gonorrhée
La chlamydia et la gonorrhée sont les IST les plus fréquentes chez les jeunes adultes, elles sont très souvent asymptomatiques et ont une durée d’incubation très courte (dès 48h). Les symptômes concernent des brûlures lorsqu’on urine, des démangeaisons, des écoulements du pénis, des pertes vaginales anormales, des douleurs pelviennes (douleurs dans le bas-ventre et/ou le bas du dos) et des dyspareunies (douleurs pendant les rapports sexuels). Elles se dépistent avec un test PCR par prélèvement local ou urinaire.
Elles se traitent par antibiotiques avec une guérison complète. Il faut garder un point de vigilance concernant les résistances aux antibiotiques pour la gonorrhée.
Le syphilis
La syphilis est une infection qui évolue par phases - apparition d’une lésion appelée chancre, éruption cutanée, puis phase latente potentiellement dangereuse si elle n’est pas traitée. Le dépistage se fait par sérologie grâce à une prise de sang.
Elle se traite avec de la pénicilline, avec une guérison complète si elle est dépistée et traitée rapidement.
Le mycoplasma genitalium
Le mycoplasma genitalium est une bactérie moins connue mais de plus en plus recherchée dans les bilans IST. Ses symptômes sont proches de ceux de la chlamydia et son dépistage se fait avec un test PCR.
Il se traite par antibiotiques, mais les résistances y sont elles aussi de plus en plus fréquentes.
La trichomonase
La trichomonase est une infection parasitaire fréquente, et bien souvent asymptomatique, qui augmente le risque de transmission d’autres IST (comme le VIH) en cas d’infection concomitante.
Elle se traite par un traitement antiparasitaire court, le ou la partenaire doit être également traité-e en même temps pour éviter une réinfection.
Ces IST ne s’excluent pas mutuellement. En effet, avoir un facteur de risque pour l’une (rapport non protégé, partenaires multiples) expose potentiellement à plusieurs IST en même temps - d’où l’intérêt d’un bilan complet plutôt que d’un dépistage isolé.
Dans l’ensemble, la plupart des IST se soignent bien, voire guérissent complètement - encore faut-il les détecter à temps, d’où l’importance de se faire dépister régulièrement.
Il n’existe pas de méthode unique garantissant une protection totale contre l’ensemble des IST : chaque méthode réduit un risque spécifique, et c’est leur combinaison, adaptée à ses propres pratiques et son contexte de vie, qui permet une protection réellement efficace.
Les préservatifs externes
Les préservatifs externes sont un des moyens les plus efficaces pour se protéger contre la majorité des IST lors de rapports sexuels. En latex ou en polyuréthane, ils empêchent tout contact direct entre les muqueuses et les fluides corporels pendant le rapport sexuel et permettent de recueillir le sperme. L’accès aux préservatifs externes est gratuit en pharmacie pour les jeunes de moins de 26 ans sur présentation d’une carte vitale, ou à défaut une carte d’identité.
Les préservatifs internes
Les préservatifs internes sont des dispositifs en nitrile qui peuvent être insérés dans le vagin ou dans l’anus avant un rapport sexuel. Leur action est identique à celle des préservatifs externes.
Les digues dentaires
Les digues dentaires sont des fines feuilles de latex qui permettent de recouvrir la vulve ou l’anus pendant le sexe oral. Elles peuvent également être fabriquées à partir de préservatifs externes ou internes. Cette barrière physique empêche la transmission d’IST.
La plupart des IST bactériennes et virales sont silencieuses au début. Attendre de présenter des symptômes peut s’avérer être risqué et peut favoriser le risque de contagion. Chaque IST a son propre délai de détection fiable appelé fenêtre sérologique - environ 6 semaines pour le VIH en laboratoire (3 mois pour un TROD), 2 à 3 semaines pour la chlamydia et la gonorrhée, 3 à 6 semaines pour la syphilis.
Un test réalisé trop tôt après une prise de risque peut donner un résultat faussement négatif. Le dépistage est central dans la prévention des IST.
Depuis septembre 2024, le dispositif Mon Test IST permet, en France, de se faire dépister sans ordonnance dans n’importe quel laboratoire d’analyse (VIH, chlamydia, gonorrhée, syphilis, hépatite B) - prise en charge à 100% pour les moins de 26 ans.
Les Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), présents dans de nombreuses villes, proposent un dépistage gratuit et anonyme.
Des auto-test de dépistage VIH sont également disponibles sans ordonnance en pharmacie. Ils peuvent être utiles en complément mais ils ne dépistent que le VIH et ne remplacent pas un bilan complet.
Des vaccins efficaces existent contre l’hépatite A, l’hépatite B et le HPV.
Pour le HPV, les recommandations françaises ont récemment évolué : la vaccination reste ciblée en priorité pour les jeunes de 11 à 14 ans, basée sur un schéma de deux doses avant le début de la vie sexuelle, moment où la vaccination est la plus efficace.
Cependant depuis le 19 décembre 2025 le rattrapage vaccinal est désormais ouvert à l’ensemble des jeunes adultes jusqu’à 26 ans révolus, basé sur un schéma de trois doses. Ce rattrapage était auparavant limité aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) au-delà de 19 ans, ce qui en fait une avancée notable dans la prévention du HPV.
Il existe trois méthodes médicamenteuses permettant de prévenir la transmission du VIH.
La PrEP
La PrEP (prophylaxie pré-exposition) est un traitement préventif pour les personnes séronégatives à risque d'infection par le VIH. Il permet de réduire considérablement le risque de contracter le VIH en cas d’exposition.
Le PEP
Le PEP (prophylaxie post-exposition) - aussi appelé TPE, est un traitement d’urgence post-exposition au VIH par trithérapie à prendre pendant 4 semaines. Il est à débuter dans les 48 heures à 72 heures maximum après un risque de transmission au VIH.
Le TasP
Le TasP (treatment as prevention ou traitement comme prévention en français), désigne les effets du traitement antirétroviral pris par une personne séropositive au VIH qui permettent à la fois d’améliorer sa qualité de vie et d’allonger sa durée de vie (en empêchant d’atteindre le stade sida), mais également d’agir comme outil de prévention du VIH en empêchant sa transmission à des partenaires séronégatifs et séronégatives. On parle de charge virale indétectable = charge virale intransmissible (i = i).
Ces trois méthodes sont complémentaires aux autres moyens de protection.
Les objets et jouets sexuels peuvent transmettre certaines IST d’une personne à une autre, ou d’un orifice à un autre chez une même personne, si les précautions de nettoyage et de changement de préservatif ne sont pas respectées.
Communiquer sur son statut sérologique, informer de la date de son dernier dépistage, partager ses résultats, expliquer ses pratiques qui peuvent être à risques avec un ou une partenaire constitue un outil de prévention à part entière, souvent mis de côté.
Bienveillance et non-jugement sont indispensables pour se sentir en sécurité de partager son statut sérologique. En effet, la sérophobie - ou attitude de rejet, de peur ou de discrimination envers les personnes vivant avec le VIH, reste un phénomène présent qui peut exposer à des risques les personnes séropositives.
Les méthodes de contraception comme la pilule contraceptive, l’implant hormonal et le stérilet ne protègent pas des IST.
Ce contenu a été écrit par
Élise VIROLLEAUD
, Infirmière diplômée d’État, sexologue diplômée et médiatrice en santé. Elle accompagne LOVE AND VIBES en apportant un regard sans jugement sur les questions de santé sexuelle.