Gooning : quand le plaisir fait perdre la notion du temps

Publié le 14 octobre 2026 et mis à jour le 16 octobre 2026 par Thomas
Gooning : quand le plaisir fait perdre la notion du temps

Le gooning est une pratique de masturbation prolongée qui consiste à rester très longtemps dans un état d'excitation intense, souvent plusieurs heures, sans chercher à atteindre l'orgasme. Le but n'est plus de jouir, mais de prolonger le plaisir jusqu'à un état d'absorption appelé « goon state ».

Plusieurs écrans allumés, une session qui dure des heures et cette fameuse « goon face » devenue un mème sur Internet : vu de l'extérieur, le gooning peut facilement ressembler à une caricature de masturbation poussée à l'extrême. Ce que décrivent les personnes qui le pratiquent est pourtant plus nuancé. Voici ce que recouvre vraiment le gooning, en quoi il se distingue de l'edging, et comment le pratiquer sans risque pour son corps ni pour son quotidien.

Gooning et gooner : définition et origine des termes

Le mot « gooning » vient de l'argot anglophone, où « goon » désigne un idiot ou un homme de main un peu pathétique. Dans les communautés en ligne consacrées à la masturbation, il décrit l'air hagard et absorbé que l'on finit par avoir après des heures d'excitation. Le verbe « to goon » est ensuite devenu le nom de la pratique elle-même.

Un gooner (ou une gooneuse) est une personne qui pratique le gooning. En français, « gooner » s'emploie aussi comme verbe : c'est faire une session de gooning. Attention à l'homonyme : en Angleterre, les « Gooners » sont aussi les supporters du club de football d'Arsenal, sans aucun rapport avec la pratique.

Longtemps confiné à des forums de niche, le gooning est devenu visible du grand public au milieu des années 2020, porté par les mèmes et les vidéos TikTok. La presse généraliste s'en est emparée, de Libération à Elle.

Gooning et edging : quelle différence ?

L'edging retarde l'orgasme pour le rendre plus intense ; le gooning prolonge l'excitation au point que l'orgasme n'est plus l'objectif.

Sur le papier, gooning et edging partent du même principe : approcher de l'orgasme, ralentir avant le point de non-retour, puis recommencer.

Dans une séance d'edging classique, retarder l'orgasme sert généralement à faire durer l'excitation ou à rendre la fin plus intense. Le gooning pousse cette attente tellement loin que le moment passé à proximité de l'orgasme devient lui-même le but de la session.

C'est d'ailleurs ce qui revient régulièrement dans les communautés qui en parlent : il ne s'agit plus vraiment de « tenir » jusqu'au moment où l'on pourra enfin jouir, mais d'entretenir un niveau de plaisir relativement constant. Certains finissent par avoir un orgasme, d'autres interrompent leur session sans aller jusque-là.


Edging
Gooning​
Objectif
Un orgasme plus intense
Rester dans l'excitation le plus longtemps possible
Place de l'orgasme
Le point d'arrivée
Facultatif, parfois évité
Durée typique
Quelques minutes à une heure
Souvent plusieurs minutes
État recherché
Montée de tension
Absorption, perte de la notion du temps (goon state)
Supports
Variables, souvent aucun
Souvent du porno, parfois audio ou fantasmes
Pratique en couple
Courante
Surtout solo

L'edging retarde l'arrivée. Le gooning finit presque par oublier qu'il y avait une destination.

Goon state, goon cave, goon face : le vocabulaire du gooning

Le goon state, ce fameux moment où l'on décroche un peu

Le goon state désigne le moment où la personne est si absorbée par ce qu'elle regarde et ressent qu'elle perd la notion du temps. La « transe » souvent associée au gooning mérite toutefois quelques nuances : il ne s'agit pas nécessairement d'un état second spéctaculaire.

Les longues répétitions participent beaucoup à cette sensation. Même mouvement, même excitation qui monte puis redescend, changement de contenu, retour aux sensations… La session finit par fonctionner presque en boucle.

La goon cave, un espace dédié

La goon cave est une pièce ou un coin aménagé pour les longues sessions de gooning. Les versions les plus poussées alignent plusieurs écrans qui diffusent des contenus pornographiques en même temps. Nul besoin pourtant de transformer sa chambre en salle de contrôle de la NASA pour essayer : un endroit calme, où l'on ne sera pas dérangé suffit.

La goon face, un meme Internet

La goon face est l'expression hagarde, bouche entrouverte et regard vide, censée trahir une session de gooning. Elle est surtout devenue un meme, souvent exagéré pour faire rire, et ne dit pas grand-chose de la pratique réelle.

Peut-on pratiquer le gooning sans porno ?

Oui : le porno fait partie de la culture du gooning, mais ce n'est pas lui qui définit la pratique. Ce qui compte, c'est la manière dont l'excitation est entretenue dans la durée. Vidéos, audio érotique, fantasme ou simple stimulation physique peuvent aussi servir de support.

La frontière entre gooning et consommation prolongée de porno fait d'ailleurs débat, y compris parmi les pratiquants. Sans contenu, l'attention se porte davantage sur le corps, ce qui rejoint l'aspect le plus intéressant de la pratique.

Car derrière la surenchère d'écrans, le gooning peut aussi être une façon d'arrêter de se masturber en pilote automatique :

  • changer de rythme ;
  • s'arrêter quelques secondes, puis reprendre doucement ;
  • repérer le moment exact où l'excitation bascule ;
  • tester une autre zone ou une autre stimulation.

Autrement dit, passer plus de temps dans les nuances du plaisir.

Comment pratiquer le gooning sans se faire mal

Pour faire durer le plaisir, mieux vaut varier les sensations que chercher toujours plus d'intensité. Une stimulation trop forte raccourcit la session ou la rend vite inconfortable.

Varier les stimulations

Alterner les gestes et les accessoires évite de répéter exactement le même mouvement pendant des heures.

  • Pénis : un masturbateur manuel permet d'ajuster facilement le rythme, l'amplitude et la pression. Un masturbateur automatique apporte d'autres sensations et libère les mains.
  • Vulve : un vibromasseur aux intensités réglables permet de redescendre sans tout arrêter. Un stimulateur clitoridien à ondes de pression offre une alternative au contact direct.
  • Pour tout le monde : alterner jouet et mains reste la meilleure façon de garder des sensations variées.

Prévoir du lubrifiant

Le lubrifiant est l'accessoire le plus utile d'une longue session. N'attendez pas que les frottements deviennent désagréables pour en remettre. Avec un sextoy en silicone, choisissez un lubrifiant à base d'eau : un lubrifiant silicone peut abîmer sa matière.

Éviter la compression prolongée

Une session marathon n'est pas le bon moment pour porter longtemps un accessoire qui comprime les organes génitaux. Un cockring , par exemple, ne doit pas être gardé plus de 20 à 30 minutes d'affilée.

Préparer sa session

  • De l'eau à portée de main, comme pour tout effort prolongé.
  • Un temps défini à l'avance, pour garder la main sur la durée.
  • Des pauses régulières pour se lever, boire et laisser reposer la peau.

Gooning et addiction : quand s'inquiéter ?

Le gooning n'est pas une addiction en soi : une masturbation de deux ou trois heures n'a rien d'automatiquement problématique. La question la plus utile est plus simple : est-ce que vous choisissez encore de continuer ?

C'est la partie la moins visible dans les vidéos amusées sur le sujet. À côté des communautés consacrées à la pratique, on trouve aussi sur Reddit des espaces entiers où des personnes cherchent à réduire ou arrêter leurs longues sessions. Elles parlent moins d'un nombre précis d'heures que du temps perdu, du sommeil repoussé ou de sessions poursuivies alors qu'elles n'en avaient plus vraiment envie.

Une longue session prévue parce que vous avez envie de prendre votre temps n'a pas grand-chose à voir avec le fait de vous retrouver régulièrement devant votre écran bien plus longtemps que prévu, malgré l'envie d'arrêter.

Si vous vous reconnaissez dans cette situation, sachez que l'Organisation mondiale de la santé reconnaît le trouble du comportement sexuel compulsif (CIM-11, code 6C72). Un médecin, un·e sexologue ou une consultation en addictologie (CSAPA) peuvent vous aider, sans jugement.

Même logique du côté du corps. Une irritation, une sensation d'échauffement ou une douleur ne sont pas des étapes obligatoires avant d'atteindre le légendaire goon state. Si quelque chose devient désagréable, la session peut très bien s'arrêter là.

Finalement, faut-il vraiment devenir un gooner ?

Rien n'oblige à devenir gooner, mais la pratique pose une bonne question : pourquoi sommes-nous si pressés de terminer ? On peut trouver le concept amusant sans jamais y consacrer un samedi après-midi entier.

Sans aller jusqu'à plusieurs heures, ralentir volontairement, varier les stimulations ou cesser de voir l'orgasme comme le seul moment qui compte suffit déjà à aborder son plaisir autrement.

Et si vous prévoyez une vraie session de gooning, faites comme pour n'importe quel marathon : rassemblez ce dont vous avez besoin avant de commencer. Lubrifiant compris.