Que se passe-t-il vraiment derrière un glory hole ? Anonymat, codes, limites, reverse glory hole: on répond aux questions qu’on se pose vraiment.
Le glory hole, cette ouverture qui permet des contacts sexuels entre deux personnes sans qu'elles se voient, fait partie de ces pratiques que le porno a tellement reprises qu'on pourrait les croire inventées pour la caméra. Il existe pourtant bel et bien en dehors des vidéos pour adultes, dans certains sex-clubs, saunas ou cinémas pour adultes. Et dans la vraie vie, quelques questions se posent : est-ce vraiment anonyme ? Comment sait-on quoi faire ? Peut-on regarder qui se trouve derrière ? Existe-t-il une sorte de mode d'emploi officieux ?
On a regardé ce qu'en disent celles et ceux qui le pratiquent.
Un glory hole est une ouverture pratiquée dans une cloison qui permet des contacts sexuels entre deux personnes placées de part et d'autre, sans qu'elles aient besoin de se voir. L'expression anglaise se traduit littéralement par « trou de la gloire ». Selon le Shorter Oxford English Dictionary, cité par Wikipédia, elle désignait dès 1845 un simple débarras, un fourre-tout. Son sens sexuel s'est imposé plus tard, dans l'argot gay.
La pratique est historiquement liée aux rencontres entre hommes, à une époque où elles devaient rester discrètes : toilettes publiques, cabines de cinémas et de librairies pour adultes. Selon un historique publié par Grindr, le terme figure dans une brochure anonyme dès 1949 ; les glory holes connaissent leur apogée dans les années 1970, avant de décliner avec la crise du sida et l'arrivée de cloisons plus hautes et plus solides. Ils survivent ensuite dans les cabines des sex-shops, où des hétérosexuels se les approprient à leur tour.
Le chercheur Don Bapst, dans le Journal of Homosexuality, y voit la matérialisation d'un fantasme précis : la rencontre sans lendemain avec un inconnu. Le porno a ensuite élargi le casting et installé l'image que tout le monde connaît : quelqu'un attend derrière un mur, un pénis apparaît et la suite semble aller de soi.
Les glory holes se trouvent surtout dans des lieux réservés aux adultes, notamment dans les grandes villes comme Paris :
- saunas et clubs gays ;
- clubs libertins et échangistes ;
- sex-shops et cinémas avec cabines de visionnage ;
- certains lieux de cruising.
Dans des toilettes publiques, en revanche, la pratique tombe sous le coup de la loi : l'exhibition sexuelle dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende (article 222-32 du Code pénal).
Il n'existe pas de règlement universel du glory hole : les codes varient d'un lieu à l'autre et d'une personne à l'autre. Même entre habitués, il n'y a pas de consensus sur la « bonne » étiquette.
Certains défendent un anonymat presque total : chacun entre de son côté, profite du moment et repart sans chercher à croiser l'autre. D'autres veulent savoir un minimum avec qui ils vont jouer : ils ouvrent une porte, jettent un œil ou discutent quelques secondes avant de continuer.
La suite pose les mêmes questions. Si quelqu'un commence une
fellation
, est-il censé continuer jusqu'à l'orgasme ? Peut-on arrêter, laisser sa place ? Ces interrogations reviennent souvent chez les débutants, signe que les fameux codes relèvent davantage d'habitudes locales que de règles gravées dans la cloison.
Quelques repères reviennent toutefois partout :
- Observer avant d'agir : chaque lieu a ses usages, et le personnel ou les habitués les connaissent.
- Signaler sa présence plutôt que surprendre : un mot, un geste, un léger coup sur la cloison.
- Parler en cas de doute : le mur empêche de se voir, pas de s'entendre.
- Arrêter quand on veut : personne n'est tenu d'aller jusqu'au bout.
Moins mystérieux que le scénario porno, sans doute. Mais beaucoup plus confortable pour tout le monde.
Passer une partie de son corps à travers une ouverture ne donne pas carte blanche à la personne de l'autre côté. Sur ce point, le scénario porno donne une fausse impression. Une personne peut avoir envie de recevoir une fellation sans vouloir être touchée ailleurs.
Présenter ses fesses ne signifie pas accepter une pénétration. Chacun peut changer d'avis en cours de route, même si l'autre vient de faire vingt minutes de trajet pour rencontrer ce fameux trou.
L'absence de contact visuel ne change rien à la règle de base : chaque pratique demande l'accord des personnes concernées.
La cloison cache un visage, pas les IST : comme le partenaire et son historique sont inconnus, la protection compte encore plus qu'ailleurs.
- Préservatifs pour la fellation comme pour la pénétration
- Digues dentaires pour le sexe oral sur une vulve ou un anus
- Lubrifiant pour limiter les frottements
- Une nouvelle protection à chaque partenaire quand plusieurs personnes se succèdent, et un nettoyage des accessoires qui passent de l'un à l'autre
- Un dépistage régulier si vous fréquentez ce type de lieu : il est gratuit dans les CeGIDD.
Pensez aussi au trou lui-même : des bords mal découpés peuvent provoquer éraflures ou coupures, et beaucoup d'établissements les équipent de protections. Dans un lieu inconnu, vérifiez avant de vous engager.
Le glory hole a d'ailleurs reçu un soutien inattendu en 2020 : pendant l'épidémie de Covid-19, l'agence de santé publique de Colombie-Britannique (BCCDC), au Canada, l'a cité parmi les pratiques qui évitent le contact face à face.
Rien n'oblige à jouer la carte de l'inconnu jusqu'au bout : l'anonymat du glory hole se règle selon les envies de chacun.
Pour certaines personnes, ne pas savoir est précisément le fantasme. Âge, visage, corps, style : tout ce qui entre d'habitude dans le choix d'un partenaire disparaît derrière la cloison. Pour elles, commencer à sélectionner enlève tout l'intérêt de la pratique.
D'autres ont besoin d'un minimum de repères. Vous pouvez aimer le principe du glory hole mais vouloir voir votre partenaire avant, ou n'apprécier l'anonymat qu'avec quelqu'un que vous connaissez déjà. Vous pouvez aussi décider qu'un pénis apparu par surprise à vingt centimètres de votre visage n'est pas votre programme du soir, et partir.
Le reverse glory hole désigne le plus souvent une configuration inversée : au lieu d'un pénis, c'est une autre partie du corps qui passe par l'ouverture. Une personne peut par exemple y présenter ses fesses, sa vulve ou le bas de son corps.
Le terme n'a pas de définition figée. Sur les forums, il sert aussi à décrire différentes scènes où la position habituelle du glory hole est retournée, et tout le monde n'y met pas exactement la même chose. Le principe reste le même : une partie du corps devient accessible, le reste demeure caché. Ce qui ouvre la porte à bien d'autres jeux que la fellation.
On peut aimer le principe du glory hole sans avoir envie d'un partenaire inconnu : à deux, une simple séparation suffit à recréer le jeu. L'un ne voit pas ce que l'autre prépare, quel accessoire va servir, ni quelle partie du corps va arriver de son côté.
- Un drap tendu dans l'encadrement d'une porte, avec une ouverture découpée : la version la plus simple
- Un paravent ou un panneau percé, aux bords ponçés ou recouverts de mousse pour éviter les frottements
- Un bandeau sur les yeux si vous voulez l'effet de surprise sans rien installer
Derrière la séparation, un masturbateur peut remplacer une bouche, un vibromasseur venir surprendre la personne de l'autre côté, et plusieurs jouets être préparés sans révéler lequel servira. Si le but est de ne pas savoir ce qui arrive, inutile d'aligner quinze jouets sur le lit en annonçant le programme.
Gardez du
lubrifiant
à portée de main, définissez ensemble ce que chacun accepte, puis laissez la cloison faire le reste. C'est ce que le glory hole réussit le mieux : cacher juste assez pour donner envie de savoir ce qui se passe de l'autre côté.
En club, en sauna ou dans votre chambre, le glory hole repose sur les mêmes bases : savoir ce dont on a envie, le dire, se protéger et pouvoir s'arrêter à tout moment. Le reste, anonymat total ou regard échangé avant, inconnu ou partenaire de longue date, se règle selon vos envies.
C'est ce que le glory hole réussit le mieux : cacher juste assez pour donner envie de savoir ce qui se passe de l'autre côté.