Élise Virolleaud rejoint notre équipe d'experts ce mois-ci. Pour son premier article, elle explore le phénomène du chemsex : ses origines, ses enjeux, ses risques et les approches de réduction des risques.
Le chemsex - contraction de l’anglais chemical (produit chimique) et sex - qui peut se traduire en français par « sexe chimique » ou « sexe sous substances » désigne la consommation de produits psycho-actifs dans un contexte spécifique d’activités sexuelles. Cette prise volontaire de substances a pour objectifs d’intensifier, d’augmenter et de prolonger le plaisir et les performances sexuelles.
Ce terme est apparu dans les années 2000 dans les milieux gays et HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) pour qualifier des préférences et des pratiques sexuelles réalisées sous l’emprise de produits (Stuart, 2019).
La pratique du chemsex reste difficile à quantifier précisément. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), en 2024, elle concernait 13 à 14% des HSH au cours de l’année 2023. Dans un des deux rapports successifs sur le sujet, réalisés dans le cadre de la feuille de route sur la santé sexuelle 2021-2024 et remis par Amine Benyamina, président d’Addictions France, environ 22% des HSH déclarent avoir déjà pratiqué le chemsex.
Si le chemsex fait l’objet d’une attention croissante dans le champ de la santé publique, il est essentiel de rappeler qu’il est avant tout, pour les personnes qui le pratiquent, un espace de rencontre, de connexion et de plaisir. Pour beaucoup d’hommes gays, bis et HSH, il représente également un espace de libération des normes et des injonctions sociales, une manière de vivre une sexualité intense et décomplexée, en dehors des scripts dominants et des stigmas qui pèsent sur le sexe entre hommes.
Une pratique ancrée dans les communautés HSH
Les usages sexualisés de drogues constituent un phénomène qui s’observe dans la population générale (notamment la consommation d'alcool et de cannabis). Les usages de substances psychotropes en vue d’intensifier les plaisirs charnels ou visant à soigner les dysfonctions érectiles se rencontrent dans tous les groupes sociaux de tout temps. (Levy et Garnier, 2006 ; Toates, 2014).
Toutefois le chemsex s’inscrit dans une histoire et un héritage spécifiques à une minorité sexuelle : les hommes gays, bis et HSH. Dans une volonté de cerner au mieux les contours du chemsex il est important de rappeler que ce sont certaines particularités du sexe et de la culture gay qui fabriquent cette pratique. Ces particularités s’inscrivent dans une dimension multi-factorielle qui a largement influencé la perception du sexe entre hommes. (Stuart, 2019).
Nous citerons notamment la législation qui a longtemps encadré l’homosexualité masculine. Instaurée en août 1942 par le régime de Vichy du Maréchal Pétain “le délit d’homosexualité” est resté en vigueur en France jusqu’au 4 août 1982, soit pendant quarante ans. Il stipulait que les relations sexuelles entre hétérosexuel-les étaient légales à partir de 15 ans, là où les homosexuels devaient attendre 21 ans, soit leur majorité, et ce jusqu’en 1974. Il est également important de prendre en compte le poids des dogmes religieux dans le traitement sociétal des homosexuels. Un autre point crucial s’inscrit dans les années 80 avec l'apparition du sida, plus précisément l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). En ce qui concerne les homosexuels, l’idée est très répandue qu’ils sont responsables de la “propagation” du sida. (Bagmigboye & McKay, 1986). Désignée à cette époque comme le “cancer gay” ou la “peste homosexuelle”, les 40.000 décès enregistrés ont laissé un profond traumatisme dans la communauté LGBTQIA+.
Longtemps considéré comme “dégoûtant”, “sale”, “impur” et “contre-nature”, le sexe entre hommes est empreint de lourds et tenaces stigmas qui ont traversé les époques et qui subsistent notamment à travers le stress minoritaire. Il n’est donc pas surprenant de voir apparaître le phénomène de chemsex dans les milieux gays, toujours empreints de cet héritage culturel et social et aux stigmas, à notre époque actuelle.
L’émergence du chemsex
Cette tendance est accompagnée par l’émergence de nouvelles modalités de rencontres (sites Internet et applications mobiles géolocalisées), de nouvelles drogues (les nouveaux produits de synthèse – NPS). (EMCDDA, 2015).
Deux principaux facteurs peuvent contextualiser la récente émergence de la pratique du chemsex. D’une part, l'apparition d’applications de rencontre qui utilisent la géolocalisation permettent de trouver des partenaires sexuels dans l’immédiateté et la proximité. Dès 2010, la fréquentation des milieux festifs baisse au profit des soirées organisées à domicile (OFDT, 2024). L’apparition de ces applications a entraîné une profonde mutation des modalités de rencontre et des relations, en particulier dans la communauté gay. « Une partie des usagers expliquent en effet adhérer à la « culture » du Chemsex en réponse à la disparition progressive de la communication non sexuelle à l’heure des applications, la consommation de substances occupant également une fonction de désinhibition sociale. » (Rapport « Chemsex » 2022, coordonné par le Pr. Amine Benyamina).
D’autre part, cette tendance s’inscrit dans l’arrivée de nouveaux produits de synthèse (NPS) sur le marché des drogues qui bénéficient, au premier abord, d’un flou juridique permettant de les commander via internet et de se les faire livrer directement à domicile. Les NPS reproduisent les structures chimiques et les effets des drogues illicites grâce à de nouvelles molécules synthétiques fabriquées en laboratoires. A titre indicatif on compte en Europe plus de 897 nouveaux produits de synthèse identifiés depuis 1997, selon l’OFDT. En France, on voit apparaître , en autres, les cathinones (3-MMC, 4-MMC, 3-CMC, NEP...) qui sont des produits stimulants avec des propriétés et des effets empathogènes : sentiment d’empathie, désir de proximité émotionnelle et de proximité physique.
On observe une sorte de triptyque avec d’une part les produits psycho-actifs, d’autre part la sexualité et enfin les applications de rencontre.
Les produits utilisés
Les cathinones de synthèse
Comme décrit plus haut, ce sont les produits les plus utilisés dans le chemsex. Elles appartiennent à la famille des stimulants et empathogènes. Leurs effets recherchés dans le contexte sexuel sont multiples : augmentation du désir et du sentiment d’excitation sexuelle, désinhibition, sentiment d’euphorie et de bien-être, augmentation de l'endurance physique, désir intense de proximité physique et émotionnelle avec les partenaires. Elles facilitent les pratiques sexuelles prolongées et les rencontres multiples.
Le GHB et le GBL
Le GBL est précurseur du GHB. Ce produit chimique utilisé comme solvant est synthétisé en GHB par le foie lors de l’ingestion. Ce sont des dépresseurs du système nerveux central à double action : euphorisant et amnésiant. Dans le contexte sexuel, utilisés à faible dose ils induisent un sentiment d’euphorie, une désinhibition et un relâchement musculaire profond qui facilite certaines pratiques pénétrantes notamment le fisting. Ils augmentent également la sensibilité tactile et le désir sexuel. C’est principalement leurs effets de relâchement musculaire combiné à la désinhibition qui explique leur popularité dans le chemsex.
La cocaïne
Puissant stimulant, elle est utilisée pour ses effets euphorisants, d’augmentation de la confiance en soi et de l’énergie. Elle permet de retarder l’éjaculation. Elle augmente le sentiment de désir tout en diminuant les inhibitions sociales et sexuelles.
La MDMA, et l’ecstasy
La MDMA produit des effets empathogènes puissants : sentiment d’amour et de connexion intense avec les partenaires, augmentation de la sensibilité tactile et sensorielle, désinhibition. Elle est moins spécifique au chemsex que les cathinones mais reste très présente dans les milieux festifs.
La kétamine
Produit anesthésiant dissociatif utilisé à doses récréatives pour ses effets de dissociation et d’altération de la perception corporelle. Dans un contexte sexuel, elle peut faciliter des pratiques qui nécessitent un relâchement physique et psychique important, et produire des états modifiés de conscience, recherchés pour intensifier certaines expériences sensorielles. Son usage dans le chemsex est plus marginal mais en augmentation.
Au-delà de leurs effets pharmacologiques, ces produits répondent chacun à des besoins spécifiques - désinhibition, endurance, connexion émotionnelle, relâchement corporel - qui font écho aux dynamiques psychosociales propres aux communautés HSH : le poids du stigmate, le stress minoritaire et la difficulté à vivre une sexualité épanouie et déstigmatisée.
Les modes d’administration
Les produits utilisés dans le cadre du chemsex peuvent être consommés de plusieurs manières : par voie orale (« parachute »), intra-nasale (« sniff »), intra-rectale (« plug ») ou intraveineuse (« slam »). Chaque voie d’administration influence la rapidité d’action et l’intensité des effets, et comporte des risques spécifiques. Le partage de paille pour sniffer expose à la transmission des hépatite B et C, tandis que le partage de seringue expose également au VIH, faisant du slam la voie d’administration la plus à risque.
La polyconsommation
Il est important de noter que la polyconsommation - la prise simultanée ou successive de plusieurs produits - est fréquente dans le contexte du chemsex et démultiplie les risques associés à chaque substance prise isolément.
La consommation, et la polyconsommation, de produits peut entraîner des dysfonctions sexuelles. Les plaintes les plus fréquentes chez les usagers de chemsex concernent la fonction érectile, la difficulté d’atteindre l'orgasme (anorgasmie), les troubles éjaculatoires et la baisse de satisfaction sexuelle. Le recours à des prises médicamenteuses d’ IPDE5 (Inhibiteurs de la Phosphodiestérase de type 5) comme le Viagra et le Tadalafil pour palier aux effets des produits sur les troubles érectiles et de l’excitation pendant les sessions est fréquent chez les usagers. (Papazian et Miele, 2026).
La diversité des produits utilisés, leurs modes de consommation et la fréquence de la polyconsommation dans le cadre du chemsex dessinent un profil de risques spécifiques, à l’intersection des risques liés aux usages de drogues et des risques liés aux pratiques sexuelles.
Les risques inhérents au chemsex
En quinze ans, la pratique du chemsex a largement gagné en visibilité tant dans les médias que dans les préoccupations de santé publique. A partir de 2010, les professionnel-les de santé dans les champs de l’addictologie et de la santé sexuelle rapportent une émergence des problèmes sanitaires (intoxication et surdose, dépendances, troubles psychiques, infections hépatiques etc.) chez certains chemsexers. (OFDT, 2024). Le chemsex est un phénomène récent et complexe qui constitue un véritable enjeu de santé publique. Entre conduites sexuelles à risques et risques liés à l’usage de drogues, le chemsex se situe à l’intersection.
Risques liés aux produits
D’une part, les risques directs liés aux produits concernent la surdose et l’intoxication pouvant aller jusqu’à une perte de connaissance voire un coma, particulièrement avec le GHB/GBL dont la fenêtre thérapeutique est très étroite - on parle de G-hole lors d’une intoxication aigüe de GHB/GBL qui provoque des convulsions et une perte de conscience. Il existe également un risque accru d’interactions entre les différents produits en cas de polyconsommation. L’alcool entraîne de nombreuses interactions indésirables notamment avec le GHB/GBL et la kétamine. Il existe également un risque cardiovasculaire entre le poppers et les IPDE5.
A plus long terme la consommation répétée de produits peut induire une dépendance, un syndrome de sevrage, des troubles psychiques (psychose, paranoïa, épisodes dissociatifs) et plus largement des troubles de santé mentale et des difficultés psycho-sociales.
Risques liés aux pratiques sexuelles
D’autre part, les pratiques sexuelles dans le cadre du chemsex s’inscrivent dans un contexte de risques spécifiques vis-à-vis des infections sexuellement transmissibles (IST) - VIH, hépatites B et C, gonorrhée, syphilis, chlamydia, mpox. Les effets des produits consommés - désinhibition, altération du jugement, relâchement musculaire - induisent mécaniquement une baisse du recours aux moyens de protection. L’usage du préservatif est moins systématique, voire absent, et certaines pratiques sexuelles intenses - notamment le fisting-, peuvent être traumatisantes pour les muqueuses et sont facilitées par les effets des produits, augmentant davantage les portes d’entrées aux IST.
Par ailleurs les effets des produits sur les capacités cognitives altèrent la capacité à donner ou à retirer un consentement libre et éclairé, exposant les usagers à des situations de violence sexuelle qui ne sont pas toujours identifiées comme telles au moment des faits, ni reconnues comme telles après coup. Ces risques ne peuvent pas être dissociés du contexte psychosocial décrit précédemment : le stress minoritaire, l’homophobie intériorisée et la recherche d’appartenance communautaire peuvent fragiliser davantage la capacité à se protéger et à poser ses limites.
Au-delà des risques immédiats, la pratique répétée du chemsex peut avoir des effets durables sur la sexualité. Les usagers rapportent fréquemment une baisse progressive de la satisfaction sexuelle en dehors des sessions, ainsi que des troubles sexuels (difficultés érectiles, troubles éjaculatoires et anorgasmie) qui peuvent persister même après l’arrêt des produits.
Les effets des substances sur la réponse sexuelle peuvent également induire une modification de celle-ci : la phase d’excitation et de plateau tend à s’allonger sous l’influence des produits, créant une forme de conditionnement qui peut rendre difficile l’accès au plaisir et à l’orgasme dans un contexte sexuel sans substances.
Plus globalement, la pratique répétée du chemsex peut entraîner une modification des scripts sexuels, autrement dit la manière dont on se représente et dont on vit sa sexualité. La sexualité sans produits peut progressivement sembler moins intense, moins désirable voire inenvisageable, créant ainsi une dépendance fonctionnelle au chemsex, au-delà de la seule dimension addictive des produits. C’est un des aspects les plus complexes dans l’accompagnement du fait qu’il touche directement à l’identité sexuelle elle-même.
Risques liés aux applications
Les
applications de rencontre géolocalisées
constituent un vecteur d’accès au chemsex particulièrement important. Elles permettent de trouver des partenaires à toute heure, sans nécessiter de déplacement dans des espaces festifs ou communautaires. Cette accessibilité facilite l’entrée dans la pratique et peut rapidement induire un usage vécu comme problématique.
Au-delà de l’accès à des sessions de chemsex, ces applications constituent pour de nombreux HSH un espace de socialisation central. Le docteur Maé Ilieff, psychiatre addictologue, souligne que ces applications sont un vecteur de socialisation important (même en dehors du contexte sexuel) pour les HSH. Il précise qu’il est compliqué de sortir du chemsex sans sortir au moins partiellement des applications, celles-ci exposant à des stimuli très forts provoquant du craving (manque). Ce constat met en lumière un paradoxe : ces espaces numériques rendent d’autant plus difficile la sortie d’une pratique dont ils constituent le principal point d’entrée. A l’heure où les applications ont largement empiété les espaces de rencontre physiques, l’existence de lieux communautaires permettant des interactions sociales et affectives en dehors d’un contexte de sexualité est d’autant plus importante pour offrir des alternatives concrètes à des espaces de sociabilité exclusivement numériques.
Sur le plan des risques, la rencontre avec des inconnus dans un contexte de consommation de substances génère une vulnérabilité spécifique : altération du jugement, difficultés à évaluer la situation et les personnes, exposition à des risques de violences, de viols ou d’abus sexuels.
L’isolement paradoxal que peuvent produire ces applications - hypersocialisation sexuelle mais appauvrissement des liens affectifs et non sexuels - constitue également un terreau propice à l’installation d’une dépendance, tant aux substances qu’aux applications elles-mêmes.
Le chemsex se situe à l’intersection de trois axes de risques - produits, pratiques sexuelles, applications de rencontre - qui ne s’additionnent pas mais se multiplient et s’alimentent mutuellement. C’est précisément cette dimension intersectionnelle qui fait la complexité et la spécificité du chemsex comme enjeu de santé publique. Le stress minoritaire et les traumatismes hérités - criminalisation de l’homosexualité, épidémie du VIH, stigmatisation - ne constituent pas seulement un contexte : ils sont un facteur de vulnérabilité qui traverse l’ensemble des axes de risques et complexifie la capacité à s’en extraire. La PreP (prophylaxie pré-exposition), avancée scientifique majeure dans la prévention du VIH, a pu dans certains contextes induire une minimisation des autres IST. Enfin, sortir du chemsex peut également signifier sortir d’un espace de socialisation et d’appartenance communautaire, ce qui rend la demande de soin particulièrement complexe et met en lumière la nécessité d’une approche basée sur la réduction des risques qui adresse non seulement l’usage de produits mais aussi le contexte psychosocial dans lequel il s’inscrit.
Face à la complexité et à l’imbrication de ces risques, la question de la demande de soin se pose dans des termes spécifiques : reconnaître que sa pratique dépasse ce qu’on souhaitait qu’elle soit, dans un contexte où le chemsex est aussi un espace de socialisation, de plaisir et d’appartenance communautaire, n’est pas toujours évident. C’est précisément là que s’inscrit l’approche de réduction des risques et des dommages (RDRD), non pas comme une injonction à l’abstinence, mais comme un ensemble de repères concrets pour pratiquer de manière plus sécurisée, identifier les signaux d’alerte et, le cas échéant, trouver les ressources adaptées.
Réduire les risques liés au chemsex
Sans jugement et sans injonction à l’abstinence, voici quelques repères concrets pour réduire les risques liés au chemsex.
Avant la session
Réfléchir en amont à ses désirs et aux pratiques souhaitées et les communiquer à ses partenaires avant que les effets des produits interviennent. Si possible, choisir un lieu connu et des partenaires de confiance, capables de réactivité en cas d’urgence. Éviter de pratiquer seul avec des inconnus, ou à défaut en informer des proches. Être reposé, avoir bien mangé, être bien hydraté sont autant de petits actes qui permettent d’être dans de bonnes conditions pour une session.
Pendant la session
Prévoir des pauses. Penser à s’hydrater. Espacer les prises au maximum et noter les horaires - particulièrement important avec le GHB/GBL dont la fenêtre entre effet recherché et surdose est très étroite. Éviter la polyconsommation et prendre en compte les interactions entre les produits, ne jamais associer GHB/GBL et alcool. Utiliser du matériel individuel et à usage unique. Avoir des préservatifs et du lubrifiant à disposition.
Après la session
Se reposer, manger, s’hydrater. En cas de conduite sexuelle à risque, le TPE (Traitement Post-Exposition au VIH) peut être prescrit dans les 48h dans un CEGIDD ou aux urgences. Prévoir un dépistage VIH et IST régulier, et prévenir ses partenaires en cas de contraction d’une IST.
Consentement
Les effets des produits consommés peuvent altérer progressivement - parfois brutalement - les capacités cognitives et le jugement. Le consentement n’est pas un accord donné une fois en début de session pour toute la durée de cette dernière : il doit pouvoir être exprimé, retiré ou réajusté à n’importe quel moment.
Avant la session, discuter avec ses partenaires des pratiques souhaitées et de celles qui sont exclues. Exprimer ses envies et limites, en amont des effets des produits, reste une des meilleures protections. Définir avec les partenaires un signal d’arrêt clair (verbal ou non-verbal) à utiliser et à respecter.
Pendant la session, il est indispensable de rester attentif et vigilant aux signaux de ses partenaires. L’absence de “non” ne signifie pas un “oui”, d’autant moins sous substances.
Si une situation semble avoir dépassé ce qui était souhaité et défini en amont - par soi même ou par un partenaire ou des partenaires - il est important de pouvoir le nommer a posteriori sans minimiser. Les violences sexuelles survenues dans un contexte de chemsex sont réelles et reconnues juridiquement comme telles, même lorsqu’elles impliquent des personnes connues ou un cadre apparemment consenti au départ.
Si la pratique dépasse ce qu’on souhaitait qu’elle soit
Les CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) et les CAARUD (Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues) proposent un accompagnement sans jugement, adapté aux réalités du chemsex. Les CEGIDD proposent un accompagnement sur la santé sexuelle en tenant compte du contexte de chemsex. Certaines associations communautaires proposent également des espaces de parole et d'écoute spécifiquement dédiés aux HSH.
Ce contenu a été écrit par
Élise VIROLLEAUD
, Infirmière diplômée d’État, sexologue diplômée et médiatrice en santé. Elle accompagne LOVE AND VIBES en apportant un regard sans jugement sur les questions de santé sexuelle.
Références
- Le chemsex Association Addictions France.
- Chemsex, retour sur 15 ans d’usages de drogues en contexte sexuelOFDT.
- Nouveaux produits de synthèse OFDT.
- Rapport sur l'usage de drogue dans le cadre du « chemsex » Pr Amine BENYAMINA, 2022
- B. Bamigboye, P. McKay, « The last days of Rock Hudson », Daily Mail, 3 octobre 1985, p. 1: « At first only they [homosexuals] were its victims [...] The disease, which was introduced to the country [US] by "gay" men, was spread through sexual contact between homosexuals », ou l’article de). Naughtie, « Minister blames gays for spread of Aids », Guardian, 5 septembre 1986, p. 2. Il s’agit de M. McKay, ministre de la Santé écossais.
- EMCDDA (2015) Perspectives on drugs. Injection of synthetic cathinones. EMCDDA [accédé le 10/07/2017].
- Levy J.J., Garnier C. (2006) Drogues, médicaments et sexualité. Drogues, santé et société, Vol. 5, n° 2, pp. 11-48.
- Papazian, P., & Miele, C. (2026). Chemsex et usages de subtances en contexte sexuel : les problématiques sexuelles spécifiques. Annales Medico-Psychologiques, Elsevier.
- Stuart D. Chemsex: origins of the word, a history of the phenomenon and a respect to the culture. Drugs and Alcohol Today. 2019;19(1):3-10.
- Toates F. (2014) How sexual desire works: The enigmatic urge, Cambridge University Press, 512 p.